TRANSMETTRE  POUR NE PAS OUBLIER

Paul Mouraret. - 06/06/06

Répondant à ton invitation à te transmettre quelques unes de nos impressions ramenées de ce séjour à Sétif, et vu mon attachement à ce pays où 4 générations des miens ont vu le jour, je voudrais te raconter ce que nous avons ressenti, mon épouse et moi, tout au long de ce voyage, car nous étions les seuls à avoir réussi à nous retrouver, les 3 générations présentes en même temps, dans ce pays qui fut le nôtre.

Notre première visite fut pleine de recueillement, de tristesse et de larmes dans ce cimetière rendu aux caprices des saisons et des hommes ; l’herbe sauvage recouvre comme un linceul les tombes abandonnées, cachant un peu partout nos caveaux dégradés. Seules les tombes proches de l’entrée sont encore préservées.

Après cette première matinée douloureuse, la vie a continue, et nous nous sommes de suite retrouvés en contact avec ce Sétif de notre jeunesse. Beaucoup d’émotions nous attendaient parfois au détour d’une rue, malgré l’accueil de nos amis algériens  « Soyez les bienvenus chez vous ». Nous étions surpris tant le visage de certaines rues et quartiers a été modifié. On ne reconnaît plus sa maison qui s’est coiffée d’un étage. Seule le centre ville jusqu’à Ain Faoura reste inchangé, mais nous paraissant tellement petit….

La visite du Lycée Albertini, reçu par le Proviseur, fut émouvante tant nous y avons laissé de souvenirs, mais trop courte car c’était l’heure du repas. On ne peut oublier cet accueil chaleureux et convivial que nous ont réservé nos amis algériens, anciens élèves du Lycée Albertini. Les réceptions, tant officielles que privées, furent mémorables nous avons été accueillis partout comme des hôtes de marque. Aussi, je souhaite que demeure et se perpétue ce lien d’amitié que nous venons de lancer en le transmettant à nos descendants, pour ne pas oublier l’Algérie.

Pour notre part, nous avons commencé à transmettre ce lien. Notre fils et notre petit fils nous ont fait le plus beau cadeau en nous accompagnant dans ce voyage, alors que nous leur avions mille fois raconté l’Algérie. Leur présence à nos côtés nous a permis de vivre et partager avec eux ce grand élan d’amitié et de reconnaissance qui nous était adressé par nos anciens élèves, venus nous retrouver pour nous remercier. Ils étaient fiers de nous apprendre qu’ils étaient Instituteurs, Médecins, Inspectrice de l’Education : l’élève a devancé le maître : Bravo. La notion de Mission accomplie nous a tout à coup envahis, nous étions comblés.

Nous avons tous une histoire semblable à raconter, et l’on peut dire aujourd’hui que notre passage en Algérie n’aura pas laissé un aussi mauvais souvenir que certains sociologues ou politologues veulent bien l’affirmer.

Mon histoire pourrait avoir une suite pour assurer la transmission de nos souvenirs. Nous avons fait le premier pas en réalisant ce voyage souvenir ; d’autres suivront, j’en suis persuadé, car nos descendants auront besoin de retourner dans le pays de leurs ancêtres. Alors, accompagnons-les, le moment venu, ils comprendront mieux l’Algérie. Ainsi, nous transmettrons nos souvenirs, pour ne pas qu’ils oublient ce pays.

Je rêve encore d’y retourner, en Avril 2007 peut-être INCH ALLAH.